André Dhôtel, l'écrivain

alinéa

Chaque année un volume est consacré à la publication de textes inédits (notamment des correspondances), ou à des études thématiques. Lectures et points de vue complètent chaque numéro.

Ils peuvent être commandés au secrétaire, par courrier.


alinéa

Arts et artistes, voici le thème du cahier n°15 paru en janvier 2018. On y trouve des petits dossiers sur ses amis Michel Gillet, Gilles Sacksick, Camille Claus, Edmond et J.J.J. Rigal, des textes d'André Dhôtel critique artistique de hasard ou de circonstance, des portraits en tous genres, et trois textes de Nils Blanchard, Florent Simonnet et Emmanuel d'Yvoire.



cahier

Avant-propos

Dans le premier roman d’André Dhôtel, Campements, un peintre du nom de Marcel Hénaut intervient dans l’espace de quelques pages seulement. Il ne joue qu’un rôle très circonstanciel dans cette histoire au demeurant fort dépouillée. Son lien avec les protagonistes est tout au plus celui d’une amitié éphémère. De son art nous ne saurons presque rien : « Il peignait sur des cartons les paysages d’alentour. Les penchants des coteaux, les chemins où des pissenlits poussent et la terre, sur ses tableaux, semblaient devenir plus déserts. » À travers les propos échangés entre Marcel Hénaut et son ami Maurice, le monde des artistes apparait comme un monde lointain, étranger et vaguement inquiétant : « Maurice parlait souvent à son ami d’un de leurs anciens compagnons qui était peintre et qu’ils admiraient pour sa vie passionnée. Blaise avait des yeux bleus et un visage laid. Il paraissait bon, méchant et sauvage. Il avait disparu depuis deux ans, étant parti peut-être dans l’entrepont d’un navire. »

La relation d’André Dhôtel avec les artistes est peut-être de cet ordre-là. Plus qu’une affaire d’esthétique, elle est une affaire de rencontres souvent fortuites, d’amitiés occasionnelles ou plus durables, comme celle qu’il entretint avec le sculpteur Michel Gillet. Sans être indifférent ou imperméable aux questions artistiques, il les considère avec plus de curiosité que de science, avec un regard qu’on pourrait juger parfois naïf.

De même qu’il se méfiait des théories littéraires, André Dhôtel ne semble guère s’être soucié de théories esthétiques. Ainsi écrivait-il à Jean Paulhan, en 1945 : « Je vous remercie de cette étude sur Fautrier. Elle m’aide à comprendre Fautrier, et je trouve que c’est une défense magnifique des œuvres de ce peintre, parce qu’il n’y est question ni de goût ni de théories, mais d’opinions communes qui convergent nécessairement vers l’affirmation de la beauté. » Ce qu’il aime surtout chez Fautrier, ce sont « des foyers d’une lumière certainement jamais vue ». « Mais, ajoute-t-il, il y a certaines toiles où il me manque de la profondeur et de la perspective – justement au profit de la virtuosité lumineuse. »
« De la profondeur et des perspectives » : voilà bien ce que Dhôtel semble chercher et goûter par-dessus tout dans la peinture, comme dans les paysages qu’il décrit. À propos de Rouault, il écrit encore à Jean Paulhan : « l’image qui m’en reste laisse comme un vide à l’intérieur du dessin et des figures des personnages. La lumière n’en est que plus extraordinaire sans doute3. » Chez Dubuffet, c’est l’expression qui le séduit d’abord, même s’il émet quelques réserves : « Je suis encore un peu confondu par une sorte de compromis entre le tableau dont on attend une profondeur et la décoration, par principe aplatie. »

On pourra lire dans ce volume une excellente étude de Nils Blanchard sur les relations d’André Dhôtel avec Jean Dubuffet. Elles sont significatives des relations plus générales qu’il entretint avec le monde de l’art. Jean Paulhan aura sans doute été pour lui un guide dans le domaine de la peinture moderne qu’il connaissait assez peu mais il conservera toujours un regard naïf, une approche que l’on pourrait qualifier de « rêveuse » et qui ne faisait pas de vraie différence entre l’art reconnu et « les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires » que Rimbaud prétendait aimer dans Une Saison en enfer. L’impression que lui laisse certaines toiles de Dubuffet est ainsi « celle qu’on a devant certaines cartes postales très banales où, je crois, on est saisi par la liberté de poursuivre des rêves personnels5. » Les peintres américains qu’il commente à l’occasion d’une exposition parisienne sont aussi dans cette veine, de même que les dessins ou peintures qu’il lui arrive d’introduire dans ses romans : chromos, dessins sur les trottoirs, paysage chinois. Emmanuel d’Yvoire et Florent Simonet interrogent la place et le sens de ces images à la fin du présent volume.

André Dhôtel, donc, ne se pique pas d’être un critique d’art, même aussi peu académique que le héros d’Histoire d’un fonctionnaire. S’il lui arrive de présenter des peintres amis ou des expositions voisines, il s’attache avant tout à dire ce qu’il voit et, plus encore, ce que ce visible laisse à imaginer. Jamais il ne se réfère aux doctrines ou à l’histoire des arts. Pour autant, son regard n’est pas neutre ni indifférent et l’on peut noter une vraie cohérence dans ses commentaires et, sans doute, dans les œuvres qu’il choisit : simplicité de la ligne, mesure des couleurs, refus des effets au profit d’une clarté, d’une lumière. Comme les récits, la peinture doit avant tout s’ouvrir sur un ailleurs, sur une promesse.

Ce sont autant de qualités que l’on retrouve chez ceux qui furent pour le romancier des illustrateurs privilégiés et, pour l’homme, de solides amitiés. C’est par eux que commence ce volume, dans un parcours qui se soucie moins d’apporter quelque contribution à l’histoire culturelle du siècle dernier que d’esquisser, par artistes interposés, une sorte de portrait composite de l’homme et de l’œuvre. À travers ses amitiés artistiques, ses regards critiques, ses métamorphoses sous le crayon de ses portraitistes et ses propres inventions romanesques, c’est un certain Dhôtel que nous souhaitons faire apparaitre au fil des pages qui suivent.

Tous les écrivains ont leur musée imaginaire. Celui d’André Dhôtel contient plus d’oubliés ou de méconnus que de gloires immortelles. On ne s’en étonnera pas, sans doute. Mais ces oubliés ont aussi leur importance et leur valeur, fussent-elles modestes, comme la gloire très locale d’une Marie Howet dans sa bonne ville de Libramont. Ce nouveau volume des Cahiers André Dhôtel est aussi l’occasion de faire découvrir celles et ceux qui, à leur façon, ont aussi contribué au paysage artistique d’une époque.Il nous permet aussi de faire partager l'interprétation photographique d'un artiste dont nous sommes heureux de présenter le travail récent.

Philippe Blondeau


alinéa

Le quatorzième cahier propose l'intégralité de la correspondance, totalement inédite à ce jour, entre les deux écrivains, de 1943 jusqu'en 1984, peu avant la mort de Marcel Arland.

Voir l'article de Wikipedia sur Marcel Arland.



cahier

cahier


alinéa

Voici le treizième cahier, conscré à la nature chez André Dhôtel. "Ce volume ne prétend pas apporter une réponse à une question qu'on peut légitimement tenir pour essentielle. Si la nature occupe dans l'oeuvre d'André Dhôtel la place que l'on sait, il ne s'agit pas ici de la théoriser pour en faire une clé de lecture nouvelle ou définitive. Par Dhôtel lui-même ainsi que par divers de ses commentateurs, beaucoup de choses ont été écrites sur le sujet, par quoi l'essentiel sans doute a déjà été dit. Nous avons donc cherché à dessiner un panorama plus qu'à repenser un problème. C'est ce qui explique la structure particulière de ce cahier, qui vise moins l'exhaustivité d'un inventaire que la diversité d'un vagabondage, tout dhôtélien en définitive... On trouvera ainsi, dans les pages qui suivent, un libre parcours des principales pistes que la nature offre au lecteur à travers les différents aspects de l'oeuvre. ". Philippe Blondeau



cahier
cahier


alinéa

Le douzième cahier présente la correspondance entre André Dhôtel et Henri Thomas de 1943 à 1986. "... il s'agit certainement de la correspondance la plus intime, qui nous apporte un éclairage tout à fait précieux sur l'itinéraire et la carrière d'un auteur qui s'est par ailleurs peu confié...".

288 pages, introduction de Philippe Blondeau et Patrice Bougon, chronologie de Roland Frankart, notes et index de Philippe Blondeau et Patrice Bougon.



cahier
cahier

"... cette amitié est aussi l'expression d'une communauté littéraire singulière, plus atypique que marginale...".


alinéa

Le onzième cahier, Dhôtel lecteur, paru en décembre 2013, présente un échantillons de textes critiques d'André Dhôtel:

L’œuvre critique d’André Dhôtel n’est nullement négligeable et le choix proposé ici n’en représente qu’une partie. On peut dénombrer deux essais (Rimbaud et Follain) et deux biographies (Rimbaud encore et Rousseau), une quinzaine de préfaces et surtout plus de cent-vingt articles. Ces derniers furent publiés dans diverses revues, dont quelques-unes des plus importantes de l’époque comme Critique et surtout, bien entendu, La Nouvelle Revue Française où parurent plusieurs dizaines de textes.

L’ensemble de cette production révèle des choix et des affinités qui en disent long sur l’univers imaginaire de l’auteur ; elle dessine un territoire littéraire singulier, très en marge des tendances domi-nantes de l’époque. On mettra bien sûr à part les articles sur Rimbaud (déjà reproduits dans notre Cahier n° 7, ces textes ne sont pas repris ici), qui rappellent une rencontre essentielle et une influence jamais démentie si l’on en juge par les nombreuses références, dans des textes très divers, au poète de Charleville. Mais Rimbaud reste à peu près le seul écrivain classique abordé par Dhôtel, qui préfère se placer en position de découvreur. S’il a bien sûr consacré quelques articles à des proches (Thomas, Bisiaux...), il n’en fait pas une pratique systématique. Plutôt qu’une critique de complaisance, il pratique en effet une critique de curiosité. Aussi s’attache-t-il souvent à des auteurs peu connus et atypiques tels que Cingria, Léon Bopp et bien d’autres.

Philippe Blondeau, quatrième page de couverture

Couverture et illustrations de Sylvia Lulin



cahier

alinéa

Le cahier numéro 10 rassemble plusieurs nouvelles parues dans différentes revues:

Avec un avant-propos de Philippe Blondeau, des dessins d'Elizabeth Leyris, et la couverture par Michèle Gillet.


alinéa

Le neuvième cahier est consacré aux relations d'André Dhôtel avec la Grèce, où il séjourna de 1924 à 1928: textes "grecs" d'André Dhôtel, lettres à André Gaillard, photographies provenant des archives d'André Dhôtel. Quelques études viennent compléter cet ensemble.

Le cahier numéro 8 (Avril 2011) publie le théâtre radiophonique d'André Dhôtel: L'Homme de la Scierie (diffusé en 1960), La Fille Sauvage ou les Réalités de la Vie (1962), L'Inconnu (1970), L'Île aux Oiseaux de Fer (1972). Il est illustré par Camille Claus, Chloé Saelens, Laurent Notte, Michèle Gillet, et Christian Dekoster.

Le cahier numéro 7 (Février 2010) présente une bibliographie des ouvres d'André Dhôtel, suivie d'une Petite Anthologie Rimbaldienne.

Le cahier numéro 6 (Noel 2008) évoque la correspondance d'André Dhôtel avec trois poètes: Armen Lubin, Noël Tuot, Jean-Claude Pirotte.

Le cahier numéro 5 (Noel 2007) est consacré au théâtre d'André Dhôtel.


alinéa
cahier
cahier

alinéa
cahier
cahier

alinéa
cahier
cahier

alinéa
cahier
cahier

alinéa

André Dhôtel a, tout au long de sa vie, correspondu avec les poètes. Parmi eux, Armen Lubin (1903-1974) a fait l’objet de sa plus haute attention. Les deux hommes échangent des lettres entre 1949 et 1972. Il y est question d’entraide et de soutien mutuel, au-delà des préoccupations littéraires de chacun. Lubin, qui passera de longues années en sanatoriums – expérience qu’il relatera dans les vers du Passager clandestin (1946) ou dans la prose du Transfert nocturne (1955) – ne fait pas état de cette misère physique. Il la transcende notamment par la solide amitié qu’il voue à son correspondant. Dhôtel est au diapason : Je n’imagine qu’un monde où tout le monde s’entend, et on chipote sur des ombres de confl its sentimentaux et littéraires.

Noël Tuot (1945) est, quant à lui, un jeune poète ardennais qui a bien des diffi cultés à se faire publier, lorsqu’en 1974 il correspond avec André Dhôtel, de 45 ans son aîné. Natif de Lametz, Ardennes, non loin de Mont-de-Jeux, il se tourne naturellement vers un pays, pour solliciter son aide et lui témoigner sa gratitude. L’auteur des Disparus n’aura de cesse, jusqu’en 1985, de prodiguer conseils et encouragements à Tuot, qui fera paraître, entre autres, Le Curé de Camaret, pièce de théâtre (1989), La Femme du Bédouin, recueil poétique (1990) et Le Mariage d’Arthur Rimbaud, roman (1991). Réduit au silence depuis 1991 par un accident de santé, Noël Tuot trace depuis d’énigmatiques figures à l’encre, qui émaillent les pages de ce cahier…

Jean-Claude Pirotte (1939), enfi n, est lecteur de l’écrivain depuis sa prime jeunesse. Il l’a confessé : Je n’ai pu parler de ses livres qu’à André Dhôtel, c’est normal, j’en fi gurais un des personnages, je sortais tout droit des Rues dans l’aurore ou du Village pathétique… Pirotte fi nit par entrer en relation avec l’homme, à qui il écrit entre 1980 et 1991. Si les réponses d’André Dhôtel sont à jamais perdues, les plis adressés par Pirotte à l’auteur de La Vie Passagère expriment les diffi cultés de l’existence. Mais l’on devine le grand profi t moral tiré par Jean-Claude Pirotte d’une conversation avec André Dhôtel…

Le présent cahier offre un large choix de lettres, des rééditions de textes parus en revues, des inédits d’aujourd’hui. Ces documents illustreront les rapports d’André Dhôtel à quelques poètes contemporains, dans l’amitié…

Frédéric Chef.


alinéa
cahier

André Dhôtel (1900-1991) a publié environ soixante-dix ouvrages, dont une quarantaine de romans et recueils de nouvelles, des essais, de la poésie, des biographies et des albums pour les enfants. On sait peut-être moins qu’il est l’auteur de quatre pièces de théâtre.

La première d’entre elles, Le Pays des cerisiers, fut publiée en avril 1947 et créée par Jean-Louis Barrault en seconde partie du Procès. Si Jacques Brenner, à la lecture, fut ravi par Un menu chef-d’œuvre plein de notations sensibles et justes, les spectateurs de l’unique représentation sifflèrent la pièce et la critique, déroutée, se posa la question en ces termes : Mais à quoi rime ce dialogue exsangue ? Il fallut attendre le centenaire de la naissance de l’auteur pour que soit rejouée cette pièce, et ce dans les Ardennes.

Dhôtel n’en poursuivit pas moins son petit chemin de dramaturge, puisqu’il rédigea en 1949 Il fera beau demain, pièce restée à l’état de tapuscrit. Le Gangster, qui traite du mal et de la respectabilité sociale, est restée, comme la précédente, sans lecteurs ni spectateurs depuis sa rédaction en 1956. Vivants, quant à elle, fut écrite en 1973, publiée en 1987 et représentée à Paris en avril 1996. Souvent espiègle, désinvolte, plaisantin, Dhôtel exploite dans cette comédie la verve de ses romans. Les dialogues de Pacôme et Guénolé, deux personnages en quête d’identité, ne sont pas sans rappeler les errances de Wladimir et d’Estragon d’un certain Beckett

C’est donc pour la première fois que ces quatre pièces sont réunies en volume. « La Route Inconnue » est heureuse d’ajouter à la connaissance des Dhôtéliens convaincus ces répliques, ces actes, ces pièces, dont ils feront – nous n’en doutons pas – leur théâtre intime. Les autres découvriront peut-être – qui sait ? – derrière le masque, l’un des visages d’un auteur qu’on ne cesse de redécouvrir.

Frédéric Chef.



alinéa

cahier

Voir un extrait: les lieux de l'Homme de la Scierie.

cahier cahier cahier

Au bord de la route, des fleurs se multipliaient dans l'herbe pauvre, et Chalfour s'étonnait de l'éclat des marguerites. Il apercevait des insectes qui voyageaient au milieu des herbes et au-dessus des herbes: moucherons, sauterelles, faucheux. Lui-même ressemblait à un faucheux embarassé par le fardeau de son corps, comme le ciel aussi par l'illustre poids du soleil.

L'Homme de la Scierie, p.155